Pendant des décennies, les énergies fossiles ont dominé le paysage énergétique mondial,
soutenues par l’argument de leur compétitivité économique. Les énergies renouvelables, bien
qu'écologiquement vertueuses, étaient souvent reléguées à un rôle de complément, en raison
de leurs coûts d’installation jugés prohibitifs. Cette hiérarchie est aujourd’hui bouleversée.
Le dernier rapport de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA),
publié le 22 juillet 2025, dresse un constat inédit : en 2024, 91 % des nouveaux projets
d’énergies renouvelables étaient plus compétitifs économiquement que les infrastructures
fossiles les plus efficaces. La transition énergétique, autrefois portée par des arguments
environnementaux et éthiques, est désormais motivée par une logique de marché. Toutefois, cette dynamique, bien qu’engagée, reste fragile face à plusieurs défis structurels et géopolitiques.

I- Les énergies renouvelables deviennent l’option la plus compétitive

Le premier pilier de la domination des énergies renouvelables repose sur leur supériorité
économique croissante. Grâce à la baisse continue des couts et à leur déploiement massif à
travers le monde, elles deviennent non seulement viables, mais plus performantes
financièrement que les énergies fossiles. Cette tendance s’exprime à deux niveaux : d’une
part, la réduction spectaculaire des couts technologiques (A), et d’autres part, les économies
générées à l’échelle macroéconomique (B).

A- Une baisse structurelle et rapide des coûts technologiques

Les progrès technologiques continus, combinés à des effets d’échelle massifs, ont entraîné
une réduction spectaculaire des coûts d’installation des énergies renouvelables. En 2024, le
coût moyen mondial du kilowattheure produit par le solaire photovoltaïque a atteint 0,043
$/kWh, tandis que celui de l’éolien terrestre s’est établi à 0,034 $/kWh, selon IRENA.
Ces chiffres traduisent une baisse de 10 % par rapport à 2023, et des niveaux 41 à 53 %
inférieurs à ceux des nouvelles installations fossiles les plus performantes. Cette chute des
prix ne concerne toutefois pas toutes les filières : l’éolien offshore reste stable, et la
bioénergie enregistre même une hausse de 16 %, en raison de tensions sur les matières
premières.

B- Un impact économique global : les fossiles perdent leur justification financière

En 2024, les projets renouvelables ont permis d’éviter environ 467 milliards de dollars de
dépenses liées à l’exploitation de combustibles fossiles. Ce gain économique massif marque
un tournant stratégique pour les États comme pour les entreprises : investir dans les énergies renouvelables est devenu plus rentable que d’exploiter de nouvelles ressources fossiles,
même sans mécanismes de tarification carbone.
IRENA révèle également que 91 % des nouvelles capacités mises en service en 2024 étaient
plus compétitives que toute nouvelle centrale fossile. Ce basculement rend désormais
obsolète l’idée selon laquelle les renouvelables seraient un "luxe écologique". Elles sont
devenues la nouvelle norme de l’efficacité économique dans le secteur énergétique.

II- Une dynamique prometteuse, mais freinée par des vulnérabilités systémiques

Malgré cette rentabilité nouvelle, la transition énergétique n’est pas à l’abri des freins
structurels. Deux facteurs majeurs pèsent sur sa stabilité : la dépendance à des chaines
d’approvisionnement mondiales sensibles (A), et l’inadéquation des infrastructures et cadres
réglementaires actuels avec les exigences d’un système énergétique décarboné (B).

A- Une dépendance critique aux chaînes d’approvisionnement mondiales

Malgré cette compétitivité, la filière renouvelable reste fortement dépendante de chaînes
d’approvisionnement mondiales, notamment pour les composants essentiels : silicium pour
les panneaux solaires, terres rares pour les aimants d’éoliennes, cuivre pour les réseaux. Ces
matériaux sont en grande partie extraits et transformés en Asie, principalement en Chine.
Cette concentration géographique expose le secteur à des risques géopolitiques, douaniers et
logistiques. Les tensions commerciales, les crises d’approvisionnement ou les fluctuations de
prix peuvent rapidement fragiliser la chaîne de valeur. L’enjeu de la décennie sera donc de
diversifier les sources d’approvisionnement, relocaliser certaines étapes de production, et
renforcer la résilience industrielle.

B- Des infrastructures électriques et des cadres réglementaires inadaptés

Outre les tensions industrielles, les obstacles réglementaires et infrastructurels pèsent
lourdement sur le déploiement des renouvelables. Les projets se heurtent à des délais
d’instruction parfois excessifs : autorisations environnementales, permis de construire,
contentieux administratifs... Ces lenteurs limitent la rapidité de déploiement pourtant
nécessaire à la neutralité carbone.
Par ailleurs, les réseaux électriques actuels, historiquement conçus pour une production
centralisée et pilotable, ne sont pas encore suffisamment adaptés à l’intermittence des
énergies renouvelables. Sans investissements dans le stockage (batteries, hydrogène, stations
de transfert d’énergie par pompage), dans la digitalisation des réseaux, et dans leur
interconnexion, le potentiel des énergies renouvelables risque d’être sous-utilisé.

L’année 2024 marque une rupture historique : les énergies renouvelables sont désormais plus
rentables que les fossiles, et ce, dans la quasi-totalité des cas. Ce basculement n’est plus
seulement un enjeu environnemental, mais une réalité économique globale. Toutefois, la
rentabilité seule ne garantit pas l’accélération de la transition énergétique.
Pour rendre cette dynamique structurellement irréversible, il est impératif de sécuriser les
chaînes d’approvisionnement, moderniser les réseaux, simplifier les procédures
administratives et investir massivement dans les infrastructures d’intégration. Autrement dit,
le succès économique des renouvelables doit s’accompagner d’un engagement politique et
industriel cohérent. Le choix du vert n’est plus un pari : il est devenu une nécessité
rationnelle.

SOURCE : Irena : 91 % des nouveaux projets d’énergies renouvelables désormais moins chers que les
alternatives fossiles (ee-news.ch)