“Le modèle de développement durable que j’ai choisi consacre le primat de l’agriculture sur les mines” Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo (Président de la République Démocratique du Congo) lors du premier sommet Afrique – Russie de Sotchi, fin 2019.
L’alimentation de la population est un enjeu majeur pour tous les acteurs de la scène internationale, et ce, aussi bien, d’un point de vue quantitatif que qualitatif. L’indépendance du secteur alimentaire est nécessaire pour garantir la stabilité de l’Etat et le développement des politiques publiques. La crise sanitaire de la Covid a montré que le secteur alimentaire est primordial.
L’indépendance est la qualité d’un groupe, d’un pouvoir, etc., qui n’est pas soumis à un autre, qui est libre de toute sujétion : l’indépendance politique s’exprime juridiquement par la souveraineté étatique interne et internationale. L’indépendance passe par la maitrise de l’alimentation. L’alimentation désigne, par définition, l’action de s’alimenter. Elle relève donc de la nourriture et par conséquent des aliments qui permettent à un organisme de fonctionner, de survivre. Cette maitrise de l’alimentation est une condition sine qua non à la bonne santé d’un pays sinon il s’expose à une situation de crise. La crise (du latin crisis et du grec krisis) est une période pénible, difficile.
Sur les marchés de Kinshasa, il est difficile de trouver des produits congolais. Tout ou presque est importé. En RDC, plus de 80% des produits alimentaires viennent de l’étranger, le pays regorgeant, pourtant, de terres fertiles. Les terres cultivées représentent 8 millions d’hectares, alors que la superficie des terres arables pourrait atteindre entre 80 et 120 millions d’hectares, selon les estimations. De plus, les rendements sont faibles car les agriculteurs n’ont pas la technologie adéquate. Selon l’ONU, le pays pourrait nourrir jusqu’à 2 milliards de personne dans le monde. De son côté, la France produit plus de calories qu’elle n’en consomme : 129%. Il faudrait, toutefois, modérer ce nombre pour deux raisons qui semblent principales. Premièrement, l’agriculture française, au mode de production industriel, dépend largement des énergies fossiles importées. Deuxièmement, le régime alimentaire des Français est bien plus varié que la production nationale de denrées (riz asiatique, fruits exotiques, chocolat...). Par exemple, la France ne produit que 59% des fruits qu’elle consomme. Ces deux pays, avec des problématiques et des situations très différentes sur le niveau de l’alimentation de la population offrent un cadre d’étude intéressant.
La France et la RDC peuvent-elles améliorer leurs niveaux d’indépendance alimentaire ?
Afin de tenter de répondre à cette question, il conviendra, ainsi, dans un premier temps, de s’intéresser au caractère relatif de l’indépendance alimentaire française (I), analyse de cette indépendance supposée nous amenons, dans un second temps, à nous pencher sur la dépendance alimentaire de la RDC (II).







I La relative indépendance alimentaire de la France
Afin de comprendre, de manière optimale, le cas de figure français en matière d’indépendance alimentaire il semblerait nécessaire de s’interroger, aussi bien, sur les facteurs de cette indépendance (A) que sur les limites (B) de celle-ci.

A Les facteurs de l’indépendance alimentaire française
Pour asseoir son indépendance alimentaire la France s’est appuyé sur un système de production performant (1) et une application volontariste de la Politique agricole commune (2).
1. Un système de production performant
La France occupe la première place des puissances agricoles dans l’espace de l’Union Européenne. Au niveau mondial, la France se classe sixième pour les exportations de produits agricoles. Les cultures et l’élevage représentent 3% du PNB (Produit national brut) sans même prendre en compte l’agroalimentaire (l’industrie de transformation des produits agricoles pour la fabrication d’aliments).
La production française est tout simplement gigantesque. À titre d’exemple, la France représente, à elle seule, 21% de la production agricole de l’UE. Cette performance est possible au détriment de la SAU (Surface Agricole Utile) qui diminue de 0,5% par an et la population agricole active est passée 4,8% en 1999. Les exploitations françaises suivent un modèle entrainant la disparition des petites exploitations familiales pour cause de non-rentabilité.
Cette réussite agricole est le fruit d’une forte productivité (c’est à dire le rapport entre le travail et le rendement). Les rendements n’ont, en effet, cessé de croitre depuis les années 60, la production évaluée par rapport à l'unité de surface cultivée augmentant grâce à la mécanisation et aux progrès de la recherche agronomique. L'emploi massif d'engrais (200 kg/hectare) et de produits antiparasites (pesticides notamment) a, en outre, massivement, contribué à cette augmentation des rendements.
L'Etat a joué un rôle primordial dans cette réussite favorisant, aussi bien, l’octroi de crédits par l’intermédiaire du Crédit agricole et permis l'installation de jeunes exploitants grâce à des mesures financières dans le cadre de la SAFER (Société d'Aménagement Foncier et d'Etablissement Rural). Les investissements dans les nouvelles technologies ont été possibles, enfin, par l'achat en commun du matériel agricole par le biais des CUMA (Coopératives d'Utilisation du Matériel Agricole).
Cette réussite de l’indépendance alimentaire est en partie redevable à la politique européenne dans le secteur agricole.
2. Une application volontariste de la PAC
Les réussites de l'agriculture française ne s’appréhendent que dans le cadre européen. La PAC a profité d'abord à la France depuis 30 ans qu'est conduite cette politique, en accompagnant la société française dans sa transformation d'une société rurale à une société de service et urbaine en assurant l'approvisionnement alimentaire.
La France s'est inscrite d'une manière dynamique dans la PAC en profitant de la spécialisation de ses régions agricoles, et d'un atout que les autres pays européens n'ont pas, c’est à dire, sa localisation à la fois en Europe du Nord et du Sud. Cet atout, climatique, lui permet, ainsi, de profiter de productions typiques d’une agriculture “nordiste” mais aussi, dans le même temps, des produits typiques des milieux méditerranéens.
La modernisation de l'agriculture est allée de pair avec la spécialisation aussi bien des exploitations que des régions.
La France présente trois types de régions spécialisées :
– les grandes cultures céréalières du Bassin de Paris produites de façon intensive, très mécanisées et très intégrées à la chaîne agroalimentaire, dans un paysage d'openfield (champs ouverts). Les productions sont nombreuses : blé, maïs, colza ou betterave à sucre. De grands groupes privés ou des coopératives transforment et commercialisent les productions ;
– les régions d'élevage intensif sont d'anciennes régions d'élevage traditionnel, au climat humide (Ouest de la France) ayant, toutefois, opéré de véritables révolutions pour se moderniser ; c'est le cas de la Bretagne et de la Vendée. De nouvelles formes d'élevage intensif se sont, par ailleurs, ajoutées comme l'élevage hors sol facile à installer à proximité des grandes villes ou des industries de transformation ;
– enfin, l'agriculture à haute valeur ajoutée, que sont le maraîchage, l'arboriculture, l'horticulture (vallée de la Loire ou du Rhône) et les zones périurbaines pour alimenter les villes, est la troisième spécialisation agricole de la France. Elle demande beaucoup de soin et de travail, est fragile et soumise aux aléas climatiques et économiques du pays.
Les vignobles français sont à part dans la panoplie des productions françaises car la recherche de la qualité passe bien avant la quantité ; ils n'appartiennent pas au modèle productiviste ; malgré tout, les bénéfices de ce secteur sont deux fois plus élevés que ceux des céréales ! Ces vignobles sont connus dans le monde entier, les exploitations ont de petites surfaces mais elles sont suffisantes pour maintenir financièrement la réputation des vins de Bourgogne, du Bordelais ou de Champagne.

L'agriculture française, qui a opté pour le modèle productiviste, est un secteur clé de l'économie française. Elle est très rentable et très intégrée au complexe agro-industriel. Tous ces secteurs connaissent un dynamisme remarquable même s'il existe des limites à cette modernisation. Ces limites pourraient à l’avenir remettre en cause l’indépendance alimentaire de la France.

B Les limites de l’indépendance alimentaire française
L’indépendance alimentaire de la France est limitée par des causes internes au secteur alimentaire (1) et par l’importance des énergies fossiles (2) dans ce secteur.
1. Les causes internes au secteur alimentaire
La France est de plus en plus dépendante de ses importations. Depuis 2000, ces dernières ont été multipliées par deux, accaparant une place conséquente dans l'assiette des Français. En 2018, selon les chiffres des douanes, le pays a ainsi acheté pour 38,4 milliards d'euros des produits alimentaires à ses voisins européens, une hausse de 24 % en à peine sept ans. Aujourd'hui, on estime que la France importe environ 20 % de son alimentation. Si ce rythme reste constant la France importera plus qu'elle n'exporte dès 2023.
Dans le détail, l'Hexagone achète surtout des fruits et légumes. La moitié de ceux consommés par les Français proviennent désormais de l'étranger. La France est dans la même situation pour les protéines animales. En effet, plus d'un tiers des poulets consommés en France ont été élevés à l'étranger - principalement en Pologne, en Belgique et aux Pays-Bas. En 2000, ces importations ne comptaient que pour 13 %.
Cette explosion est liée aux besoins d'approvisionnement de l'industrie de transformation et la restauration collective. Elle est aussi liée à la féroce concurrence internationale. La France a déjà perdu des filières comme celle de la cerise. Les normes françaises et européennes rendant ce fruit trop cher la filière chilienne inonde le marché français (beaucoup moins cher en ne respectant pas les normes françaises).
Le refus juridique de développer les biotechnologies agricoles est une autre entrave à l’indépendance alimentaire. L’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne rendu le 25 juillet 2018 et sa transposition dans le droit français par le Conseil d’État, le 7 février 2020 va dans ce sens. Toutes les variétés cultivées issues de techniques de modification génétique postérieures à 2001 sont des OGM et doivent être soumises à la réglementation européenne en vigueur. Cette réglementation est perçue comme très lourde, chère, et disproportionnée par rapport aux risques encourus (les OGM commercialisés ayant démontré leur innocuité et de nombreux bénéfices). Aucune entreprise française ne peut financièrement assumer les coûts élevés d’une telle procédure d’homologation et de surveillance post-commercialisation.
Selon les experts, si rien ne change, les futures variétés adaptées au changement climatique cultivées dans les champs de France le seront sous licence chinoise (environ 80% des brevets).
L’indépendance agro-alimentaire de la France passe par une révision de la réglementation européenne sur les OGM, c’est-à-dire par la modification de la directive 2001/18.
Elle est aussi limitée par des causes externes au secteur alimentaire comme la dépendance aux énergies fossiles.

2. L’importance des énergies fossiles

L’agriculture française, aux modes de productions industriels, dépend largement des énergies fossiles – pour les machines, les engrais, les pesticides, le transport des marchandises – qui sont, elles, importées. Les combustibles fossiles sont des matières premières énergétiques provenant de la décomposition de matières organiques : pétrole, charbon, gaz naturel, tourbe… La France est globalement très dépendante des importations pour ces agents énergétiques.
Ce pétrole provient essentiellement de six zones géographiques : les pays de l'ex-URSS (29,4 %) ; le Moyen-Orient (20,9 %) ; l'Afrique du Nord (17,2 %) ; l'Afrique subsaharienne (16,0 %) ; la Mer du Nord (7,7 %) et plus récemment l'Amérique du Nord dont la part atteint 7,7 %. Les 3 principaux fournisseurs sont l’Arabie Saoudite, le Kazakhstan et la Russie.
Actuellement, la France est en froid avec la Russie (sanctions économiques à cause des tensions Ukraine – Russie dans le cadre de l’annexion de la Crimée). De plus, l’Arabie Saoudite lutte dans un conflit armé contre le Yémen (la France est pointée du doigt pour son soutien à la monarchie islamique qui ne respecte pas les Droits de l’Homme). La France via ses stocks stratégiques de carburant bénéficie d’environ 100 jours d’autonomie. Imaginons maintenant un scénario catastrophe en nous replaçant au début de la crise sanitaire en France en mars 2020. Le conflit entre l’Arabie Saoudite et les rebelles Houthis s’envenimant, le pays ne pays ne peut, désormais, plus assurer la livraison à la France. On s’aperçoit très rapidement que la dépendance accrue de la France vis-à-vis des puissances étrangères pour ses besoins en énergie fossile pose un grave souci. La société occidentale actuelle repose principalement sur les transports (routiers, fret maritime et aéroportuaire...), sans énergie fossile cette société risque un effondrement très rapide.

A contrario de la France, la République Démocratique du Congo est un pays en voie de développement. Plus grand pays d’Afrique subsaharienne, avec une superficie équivalente à celle de l’Europe de l’Ouest, la RDC a enregistré une légère baisse de son taux de pauvreté ces 20 dernières années, surtout en milieu rural. Mais elle demeure l’un des pays les plus pauvres du monde. En 2018, 72 % de sa population vivait avec moins de 1,9 dollar par jour, surtout dans les régions du Nord-Ouest et des Kasaï. La RDC est classée 135 sur 157 pays en matière de capital humain, avec un indice de capital humain de 0,37%, en dessous de la moyenne des pays d’Afrique subsaharienne (0,40). Cela veut dire qu’un enfant né aujourd’hui sera 37 % moins productif à l’âge adulte qu’un enfant ayant bénéficié d’une instruction complète et de services de santé adaptés. Les enfants congolais restent en moyenne 9,2 ans sur les bancs de l’école et 43 % des enfants souffrent de malnutrition. L’alimentation est, donc, un problème crucial pour la société congolaise.

II La dépendance alimentaire de la République Démocratique du Congo

Le manque d’investissement des pouvoirs publics (A) depuis la période post-coloniale (1960) a fortement contribué à cette situation de dépendance alimentaire. L’extrême retard de la RDC dans ce secteur peut être un avantage pour organiser un changement de politique (B) en ayant pour exemple et contre-exemple des pays comme la France.

A Le manque d’investissement des pouvoirs publics
Selon l’actuel ministre de l’agriculture congolaise, Jean Joseph Kasonga Mukuta, depuis l’indépendance tous les efforts ont été concentrés sur les mines. Le secteur agricole est délaissé (1). Le Président Tshisekedi a promis une politique de d’investissements massifs (B) pour inverser cette situation (2).

1. Un secteur agricole délaissé

La RDC possède d’abondantes ressources minérales et un potentiel énorme dans des secteurs comme les mines, l’énergie (en particulier l’hydroélectricité) et les infrastructures. Actuellement, le secteur minier est celui qui attire le plus d’IDE (investissements directs à l’étranger), suivi de celui des télécommunications.
Depuis la décolonisation, la RDC n’a jamais mis en place une politique ambitieuse pour son agriculture qui accuse des retards structurels important. Pourtant, l’agriculture est l’une des principales activités économiques du pays, employant 70% de la population active. Mais ce n’est qu’une agriculture de subsistance. Les cultures vivrières se font sur des exploitations d’une superficie moyenne de 1,6 hectare. Il s’agit principalement de manioc, bananes plantains, mais, arachides, mais aussi haricots, riz, patates douces, bananes, ananas, ignames...
Les agriculteurs congolais ne possèdent pas de système d’irrigation. En plus du manque de moyen les associations de défense des agriculteurs dénoncent le manque d’accès au financement pour les paysans. Il n’y a, en RDC, pas de banque agricole pour financer les activités des paysans, ces derniers, ne pouvant, par conséquent, investir dans des semences de qualité ou dans les technologies nécessaires à leurs développements.
En 2012, le gouvernement a dressé un état des lieux des productions et mis en exergue les obstacles qui devaient être surmontés. Le manque de coordination des chaines de valeur expliquerait la faible productivité. Le nouveau chef de l’Etat a fait du secteur agricole un pilier de sa politique économique.
La nouvelle présidence a fait le choix de s’orienter vers le développement durable de son agriculture en investissant massivement dans ce secteur économique.

2. Investissement massif dans l’agriculture

Les terres fertiles sont propices à l’agro-industrie. Le gouvernement entend donc renforcer les cultures déjà industrialisées (café, cacao, thé, sucre, huile de palme), tout en développant de nouvelles filières à fort potentiel telles que le riz ou le soja.
Afin d’atteindre ses objectifs, le pays a instauré en 2010 un Plan national d’investissement agricole (PNIA) destiné à obtenir une croissance soutenue de 6% pour lutter contre la pauvreté et parvenir à la sécurité alimentaire. La stratégie du PNIA, qui doit entrer dans une nouvelle phase cette année, est de s’adosser à des Parcs agro-industriels (PAI) relevant de l’initiative privée et accompagnés par l’Etat. Il est prévu de mettre en place trois types de fermes : des fermes commerciales, des petites fermes et des grandes coopératives agricoles.
Par ailleurs, la RDC a décidé en 2019 de créer des Zones agricoles spéciales (ZAS) visant à favoriser l’agro-industrie. Ces ZAS permettront de favoriser la transformation locale des produits agricoles et ainsi d’augmenter sensiblement leur valeur ajoutée. Un appel aux investissements privés a été lancé.
Parallèlement, des incitations douanières et fiscales ont été décidées, exonérant de taxes les intrants agricoles ainsi que les véhicules utilitaires pour l’exploitation agricole. Les produits agricoles sont aussi exonérés à l’exportation. Pour faciliter la circulation, un programme routier est en cours d’aménagement entre les grands chefs-lieux. Un guichet unique pour la création des sociétés a été mis en place dans le but d’une simplification administrative.
La pandémie de la Covid a repoussé la tenue d’états généraux de l’agriculture et du développement rural.

Le retard économique de la RDC peut devenir un atout s'il est utilisé à bon escient.

B Le retard économique de la RDC : atout ou avantage ?

La RDC étant en voie de développement peut se servir des pays développés comme la France en exemple ainsi qu’en contre-exemple (1). La crise de la Covid a fragilisé le secteur alimentaire et le reste de la société congolaise (2).

1. La comparaison avec les pays industrialisés

La RDC a bien compris son retard dans le secteur agricole. C’est dans cette logique que le gouvernement veut partir sur un modèle industriel pour assurer son indépendance alimentaire. Cette industrie agro-alimentaire doit s’appuyer sur l’investissement public et l’investissement privé. Les IDE doivent être encouragés notamment dans le cadre de l’Union Africaine. La politique de la PAC est une belle réussite sur la dimension industrialisation de l’agriculture européenne. La RDC a toutes les capacités pour avoir des rendements importants et assurer la sécurité alimentaire de l’ensemble de sa population. Mais, dans le cadre de la mondialisation, la RDC devrait s’appuyer sur l’Union Africaine pour développer son agriculture et des débouchés commerciaux.
Bien évidemment, l’Etat doit investir dans les transports et routes. L’industrie agro-alimentaire repose majoritairement sur les transports et la logistique.
Les OGM sont aussi une piste intéressante à explorer pour un pays accusant un lourd retard économique.
Tout n’est pas bon dans le développement de l’industrie agricole des pays riches. La RDC a la chance de voir les erreurs à ne pas reproduire.
La RDC a l’un des sous-sols les plus riches au monde. Ce qui lui permet d’être indépendant au niveau énergétique. Ce pays n’est pas dépendant d’un Etat tiers dans ce domaine. Pour aller plus loin dans cette direction la RDC devrait investir massivement dans les énergies propres, notamment l’énergie solaire car le pays profite d’une large période d’ensoleillement à l’année.
L’industrialisation de l’agriculture ne doit pas être pratiquée à outrance car sinon elles tuent les petites exploitations au détriment des grandes structures. En outre, elle favorise aussi les exportations en ne prenant pas en compte les besoins internes du pays.
L’indépendance alimentaire prend aussi ses racines dans l’alimentation proposée. En effet, les individus sont de plus en plus à la recherche d’une alimentation variée. La RDC, possédant de nombreuses terres encore inexploitées, devrait faire le choix de diversifier ses productions pour donner un large éventail de choix aux consommateurs.
La RDC doit garder une vigilance accrue quant à l’utilisation des pesticides. Même s'ils augmentent la productivité, il est aisé de constater, en ce moment, en Europe, la difficulté qu’ont des pays comme la France pour s’en débarrasser.
Il faut aussi parler de la situation de paupérisation dans laquelle s’enfonce les petits agriculteurs français. Les chiffres des suicides chez les agriculteurs sont alarmants et la réalité est encore plus sinistre pour une profession frappée par la solitude des exploitants, les conditions de vie difficiles. Selon des mutuelles agricoles on parle de deux suicides par jour en moyenne. Les agriculteurs du secteur bovin et laitier sont les plus touchés.

La crise de la Covid a fortement impacté la société congolaise.

2. Les conséquences du Covid sur la société congolaise

Au plan mondial, on estime que la crise de la Covid-19 pourrait faire augmenter de 130 millions le nombre de personnes souffrant de sous-alimentation (690 millions actuellement, en augmentation depuis plusieurs années). Dans un rapport de juillet 2020, le Programme Alimentaire Mondial et l’agence des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ont identifié 29 pays à haut risque d’aggravation de l’insécurité alimentaire, dont 15 en Afrique subsaharienne, souvent déjà vulnérables. En valeur absolue, la crise alimentaire la plus significative est signalée en RDC, avec 21,8 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire, dont 5,7 millions au bord de la famine.
La crise économique engendrée par la pandémie de Covid-19 pourrait faire basculer 420 millions de personnes, dont une majorité vivant dans les pays d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud, dans la pauvreté absolue, c’est-à-dire sous le seuil de 1,90 dollar par jour. La baisse de revenu due à la perte d’activité imposée par les mesures de confinement fait peser un risque direct sur les moyens de subsistance des populations. En l’absence de systèmes de protection sociale solides, les ménages sont parfois contraints de s’engager dans des stratégies qui vont les appauvrir durablement : vente du capital productif (bétail, terres), retrait des enfants de l’école faute de moyens suffisants. À la baisse de revenu due à la perte d’activité s’ajoute le coût direct des soins de santé. Les Nations unies estiment que les dépenses de santé font basculer 100 millions de personnes dans la pauvreté chaque année.
Les fermetures d'écoles ont entraîné une rupture de l'apprentissage pour des centaines de millions d'élèves. Nombre d’entre eux n’ont toujours pas repris le chemin de l’école alors même que les solutions d'enseignement à distance ne sont pas envisageables pour au moins 580 millions d'élèves dans les pays à faible et moyens revenus, selon une étude de l'UNESCO, de l'UNICEF et de la Banque mondiale. Les conséquences en sont particulièrement dramatiques pour les filles (aggravation des phénomènes de violence, des grossesses précoces, d’éloignement durable de l’école).
Face à la pandémie de Covid-19, les systèmes de santé, pour la plupart déjà fragiles, ont été fortement déstabilisés dans de nombreux pays africains, menaçant l’accès des populations aux soins et services de santé primaire. L’OMS souligne que 90% des pays ont connu des interruptions de services de santé essentiels comme le diagnostic et le traitement des maladies non transmissibles, la planification familiale et la contraception, le traitement des troubles mentaux ou du cancer, les programmes de vaccination obligatoire. Les besoins identifiés sur le terrain pour la riposte à la Covid-19 sont multiples : matériel (équipements d’urgence et de réanimation, équipements de protection individuelle (EPI), intrants pour les tests (réactifs, matériel de laboratoire), médicaments et produits pharmaceutiques), humain (renfort en ressources humaines, formation) et technique (appui au renforcement de la gouvernance du système de santé, développement du système de surveillance et d’alerte précoce).

Nous vivons dans une ère gouvernée par les transports et la logistique. La crise du Covid a éclairé cette nécessité de la continuité des transports. L’indépendance alimentaire d’un pays repose aussi bien sur sa capacité de production que sur l’acheminement des denrées dans les usines. La France est un leader mondial du secteur mais risque de perdre rapidement sa place si elle ne suit pas la modernisation du secteur (OGM, énergies propres...). La République Démocratique du Congo est en pays en voie de développement qui a délaissé son secteur alimentaire pendant trop longtemps. L’agriculture peut se révéler être un vrai levier pour l’économie congolaise. La nouvelle présidence a opté pour un investissement en faveur du développement durable pour respecter l’environnement. L’avenir nous dira si les plans du gouvernement congolais sont assez ambitieux ou une simple goutte d’eau dans l’océan de la mondialisation.