Car, en effet, à mesure ou « l’unravelment » quotidien atteignait son climax « d’anxiogénité », afin de reprendre le singulier barbarisme prononcé par Franklin Pichard alors directeur de «Barclays Bourse », les réponses politiques ne sont pas faites attendre. Dès le 28 Janvier, Maxine Waters, présidente de la commission des services financiers de la Chambre des Représentants tout comme Sherrod Brown, le nouveau président de la commission sénatoriale des banques, du logement et des affaires urbaines ont exprimé la volonté d’organiser des auditions visant à dresser un portrait « actualisé » du marché boursier.

A ces initiatives politiques les appels à des initiatives privées, émanant cette fois des gestionnaires d’actifs premières victimes présupposées de la frénésie de cette fin de mois de Janvier, se sont multipliés et ce notamment autour de l’axe de la manipulation de marché et plus particulièrement de la notion de « pump and dump », gonfler et larguer en français, technique visant à faire monter artificiellement, par des déclarations mensongères, le prix d’actions, achetées à bas prix, dans le but de les revendre avec, à la clé, une plus-value importante.
La manipulation de marché peut être poursuivie pénalement par le ministère américain de la justice mais aussi au civil par des organismes tels que la SEC (Securities and Exchange Commission) et/ou des parties privées personnellement lésées. De telles actions pourraient, selon toute vraisemblance, être menées sur la base du « Securities Exchange Act » datant de 1934 et notamment de sa règle 10b-5, règle utilisée lorsque des participants au marché sont accusés d’avoir commis une fraude, une tromperie ou tout autre acte répréhensible, et ce de manière intentionnel, entrainant la manipulation du cours d’une action.
Additionnellement, des voix se font entendre prônant la « litigation » du cas d’espèce sous l’égide de la « Section 9(a)(2) » du même « Securities Exchange Act », bien que son usage semble moins courant, section venant prohiber les séries d’opérations sur des titres, opérations visant à créer une activité réelle ou apparente sur ces titres, augmentant ou diminuant le prix de ces derniers, et ce, dans le but d’inciter à l’achat ou la vente de ces titres par des personnes tierces.

La manipulation de marché pouvant être l’un des axes de bataille au main des parties se sentant lésées, la manipulation du marché libre, « open-market manipulation », pourrait aussi, à l’avenir, représenter un angle d’attaque à même de faire valoir les intérêts, dans le cas présent, des « hedge funds ».
Toutefois, force est de constater que la différence entre les deux notions précitées ne saute pas aux yeux. Comme l’écrit Gina-Gail S. Fletcher, professeur à la faculté de droit de Duke et spécialiste des instruments financiers complexes et de la réglementation des marchés, «Alors que les formes traditionnelles et bien acceptées de manipulation du marché impliquent la tromperie, la fraude et les prix monopolistiques, la manipulation du marché libre n’implique aucun acte objectivement mauvais et, au contraire, est réalisée par des transactions autorisées exécutées sur le marché libre ».
La manipulation du marché libre, bien que plus ambigue comme concept, n’étant, toutefois, pas dénué de précédents comme en atteste les cas « Markowski v. SEC », « United States v.Mulhern » mais encore « SEC v.Masri », laisse toutefois assez souvent en suspens, la question de la détermination du caractère « manipulatoire » des transactions jugées, dans le cas présent, légitimes. Gina-Gail S. Fletcher, toujours, sur le sujet écrit « Pour la SEC (Securities Exchange Commission) et la CFTC (Commodity Futures Trading Commission) la réponse est simple : les transactions légitimes sont manipulatrices si le négociant a l’intention de manipuler le marché. Les mesures d’application de la Commission reposent sur la théorie selon laquelle l’intention manipulatrice du négociant est suffisante pour transformer des transactions par ailleurs légitimes en une manipulation du marché ouvert ». Cette dernière continue, critique sur le caractère flou de la notion « Mais cette approche est fondamentalement erronée. Les opérateurs peuvent être traités différemment pour un même comportement dans le cadre de cette approche et elle ne laisse pas les acteurs du marché plus sages quant au moment où leur comportement peut être considéré comme manipulateur. En effet, l’approche ciblée de la Commission ne fait qu’exacerber le chaos qui entoure actuellement la loi sur la manipulation du marché et rend l’application contre la manipulation du marché libre moins efficace ».
Le spectre des possibilités s’articulant ainsi autour de ce principe s’entoure ainsi d’un flou de circonstance tant la difficulté de la preuve est caractérisée et que la gravité accordée aux circonstances ainsi qu’aux faits relève le plus souvent de l’appréciation souveraine des juges, appréciation souveraine par nature incertaine.