Le 1er décembre 2008 débutera à Poznan la réunion des nations unies sur le climat dans une atmosphère de crise financière mondiale. On peut légitimement se demander quelles conséquences aura cette crise sur la protection de l’environnement ?

Quelques personnalités politiques ont d’ores et déjà annoncé leur intention de faire prévaloir les intérêts économiques en relayant les aspects environnementaux au second plan, les bourses mondiales sont en dérive et l’avenir du schéma économique qui prévalait jusqu’à présent est incertain.
A ce sujet, les récentes déclarations de m. BERLUSCONI, expriment le malaise mais aussi les réticences de certains états à s’engager en avant "Nos entreprises ne sont absolument pas en mesure aujourd'hui de supporter les coûts de la réglementation proposée", a-t-il expliqué. "Les engagements pris sont confrontés à la crise. Nous ne croyons pas que le moment est venu de faire les Don Quichotte, d'aller seuls alors que les pays gros producteurs de CO2 comme les Etats-Unis ou la Chine sont absolument contre une adhésion à notre projet", cet avis, loin d’être isolé, est partagé par certains pays de l’est européen, c’est notamment le cas de la Pologne qui par l’intermédiaire du chef de sa diplomatie a estimé en évoquant le paquet énergie-climat qu’elle " mettrait son veto, pas sur le paquet intégral, mais sur une partie".

D’autres par contre considèrent que la crise actuelle ne doit pas occulter la réelle importance de la protection de l’environnement et l’urgence de mettre en place des actions d’atténuation afin de réduire à long terme les conséquences néfastes de la pollution et autres effets secondaires de la modernisation. A cet effet, le président français N.SARKOZY a affirmé que "La crise financière ne doit pas diminuer nos ambitions, au contraire: il faut sortir du dilemme croissance ou protection de l’environnement, la croissance propre, c'est une possibilité de rebond de la croissance". La prise de position française conforte le Président de la commission européenne José Manuel BARROSO dans sa politique de lutte contre le changement climatique en réduisant les émissions de gaz à effet de serre ainsi que la consommation d’énergie et en promouvant les sources d’énergie alternatives. Cette politique qui a en partie pour objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 20% d’ici 2020 par rapport aux niveaux de 1990 ne compte pas faire les frais des conséquences encore partiellement inconnues de la crise.
Face à ce dualisme qui s’accroit à mesure que prend de l’ampleur la crise financière, il faut par souci d’équité tenir compte des possibilités et opportunités des uns et des autres, en effet, les états européens ne sont pas tous égaux face à la lutte pour la protection de l’environnement, et cette inégalité s’accentue aujourd’hui face à une situation économique instable et au devenir incertain. Certains états ont certes fait l’effort de tenir leur engagement, c’est notamment le cas de la Grande Bretagne qui compte parmi les états les plus touché par la crise actuelle et qui a émis son intention de ne pas déroger au projet européen et de ne pas en retarder les actions, cependant, cet effort ne peut être imposé à des états qui préalablement à la crise étaient déjà de part leur histoire et le contexte économique qui leur est propre en situation difficile et qui de part la situation actuelle le sont davantage. Dans ce projet, chaque état doit avancer à son rythme et selon ses moyens, car imposer des solutions identiques à chaque acteur reviendrai à mettre sur un pied d’égalité des états qui dans les faits ne le sont pas du tout. Dans le cadre d’une entente internationale et d’une prise de décision commune et concertée, des solutions doivent être identifiées puis ajustées selon le champ de manœuvre de chaque état en tenant compte des difficultés et des éléments bloquants propre à chacun et en travaillant via des groupes multidisciplinaires à les réduire et à proposer des axes d’amélioration possibles et réalisables.

Actuellement, les dirigeants de la planète se préparent en vue du sommet qui aura lieu le 15 novembre prochain à WASHINGTON et qui vise en premier lieu à parer l’éventualité de plus en plus pesante d’une récession mondiale. Il faut donc garder à l’esprit que les décisions qui seront prises ces prochaines semaines par les dirigeants des états du G8 et des états émergents vont certainement bouleverser les relations économiques pour au moins les cinquante prochaines années, d’où la nécessité d’y inclure les aspects environnementaux afin de débuter ce nouvel ordre économique sur de nouvelles bases. Ainsi on ‘’profiterait’’ de la crise pour construire une économie plus verte !!!
Car entamer des négociations sur des réformes réelles et complètes du système économique mondial est sans doute indispensable, cependant démarrer ces réformes avec l’idée que la protection de l’environnement freinerait les avancées et ralentirai la sortie de crise contribuera à faire reculer les évolutions acquises jusqu’à aujourd’hui. De plus, ce ne serai que reculer pour mieux sauter car même si ces aspects ne sont pas étudiés aujourd’hui, ils le seront forcement ultérieurement et leur introduction dans la nouvelle politique économique imposera des réajustements qui auraient pu être pris en compte avant.

Mener une action alliant Finances et Environnement est me semble t’il la meilleure parade, particulièrement dans un contexte propice au changement et à l’innovation. Il faut s’arrêter un instant et prendre le temps de se demander dans quel monde on souhaite vivre, quels sacrifices on consent à faire pour protéger ce patrimoine commun à nous et tous ceux qui nous succéderont. Refonder le système économique sur de nouvelles bases est un pari à prendre, il implique pour son aboutissement une étude préalable des risques, enjeux et opportunités qu’il nous appartient de prendre. Choisir la voie de la conciliation entre économie et protection de la planète ne sera pas de tout repos, cela demandera à tous nos dirigeants des efforts en termes d’organisation, de budget et de planning, cependant c’est un choix qui permettra de tracer dans le temps une politique économique et financière qui englobe parfaitement les aspects environnementaux et qui les associent à l’ensemble de son circuit de décision. Car continuer encore cette politique de l’autruche en isolant la question environnementale au profit de l’urgence liée à la situation actuelle implique d’en assumer par la suite les conséquences. En effet, agir dans la précipitation rassurera certainement les marchés financiers et les ménages pour un temps, cela donnera sans doute l’illusion de la tranquillité et de la sérénité, mais ce ne sera que temporaire car finira par se poser à nouveau et avec plus d’urgence encore la question de l’avenir de notre planète.